L’histoire du secteur des compléments alimentaires
Le secteur des compléments alimentaires est né dans les années 60 du secteur de la diététique. Il s’est progressivement développé pour devenir un secteur essentiel dans l’entretien de la santé du quotidien. Cette page retrace son histoire de la naissance dans les années 40 du secteur diététique à nos jours.
Pour en savoir plus sur l’histoire du secteur des compléments alimentaires, découvrez notre brochure anniversaire :
2002 : Synadiet change de nom et devient le syndicat national des fabricants de produits diététiques et compléments alimentaires
2002 : Adoption de la directive 2002/46/CE qui crée un cadre européen harmonisé sur les compléments alimentaires
2004 : 11,2% des Français consomment des compléments alimentaires6
2006 : Le marché des compléments alimentaires génère 1Md€ de chiffre d’affaires en France
A partir de 2006, sous l’influence de la libre circulation, la liste des ingrédients acceptés en France s’élargit progressivement
2006 : Transposition de la directive de 2002 en France. Les compléments alimentaires bénéficient d’une reconnaissance juridique et d’un cadre règlementaire adapté7.
2006 : Adoption du règlement (CE) 1924/2006 relatif aux allégations nutritionnelles et de santé. Renforcement de la protection des consommateurs mais coup d’arrêt pour l’innovation.
2007 : 37% des Français consomment des compléments alimentaires8
2008 : Libération du monopole pharmaceutique pour 148 plantes9
2009 : Création de la nutrivigilance pour surveiller les effets indésirables potentiels émergeants suite à la consommation des compléments alimentaires10
Depuis 2010 : Le complément alimentaire s’ancre dans les habitudes des Français
2010 : Accélération du vieillissement de la population française
2010 : Développement des premiers sites de e-pharmacie et parapharmacie dans le contexte de l’autorisation de la vente en ligne de médicaments
2012 : Fusion de Synadiet et du SDCA
2014 : Arrêté plantes : autorisation formelle de plus de 500 plantes dans les compléments alimentaires11
2016 : Mise en place de la télédéclaration des compléments alimentaires. Fluidification du processus de déclaration des compléments alimentaires
2017 : La prévention et la promotion de la santé sont au coeur de la stratégie nationale de santé
2019 : 46% des Français consomment des compléments alimentaires et le marché des compléments alimentaires génère 2Md€ de chiffre d’affaires en France
2020 : La crise du Covid remet la santé au coeur des préoccupations des Français
2021 : Synadiet obtient l’autorisation du terme probiotiques en France
2023 : La DGAL devient l’autorité compétente en matière de sécurité des compléments alimentaires
2025 : Le marché des compléments alimentaires génère 3Md€ de chiffre d’affaires en France. Plus de 60% de la population consomme des compléments alimentaires et 99% des pharmaciens conseillent des compléments alimentaires.
2025 : La filière française des compléments alimentaires devient la première filière à mission de France
Dans l’après-guerre, les secteurs agricoles et agroalimentaires rentrent dans une logique productiviste au service de l’indépendance alimentaire française et européenne. Dans cette période d’industrialisation, l’abondance remplace la pénurie et l’alimentation est pensée sous les seuls prismes gustatifs et nutritifs. Dans le même temps, l’urbanisation de la société et l’augmentation du travail des femmes engendrent une mutation des comportements alimentaires.
Une intuition naturelle au service de la santé
Dans ce contexte, une poignée de chercheurs, médecins et industriels commence à alerter sur l’impact sanitaire de l’alimentation.
Cette réflexion autour des liens entre alimentation et santé engendre, dès la fin des années quarante la création de la filière diététique, première filière agroalimentaire à s’intéresser spécifiquement à la formulation de produits alimentaires présentant des bénéfices santé. Émergent alors des produits enrichis ou appauvris en certains composants, des produits de régime et des produits formulés spécifiquement pour répondre aux besoins de certaines populations (nourrissons, femmes enceintes, personnes malades, sportifs …).
La filière diététique est également le terreau, dans les années 60, d’un courant dit « naturiste » qui, inquiet de la place prépondérante de la chimie dans l’alimentation et les pratiques agricoles, plaide pour une alimentation naturelle plus saine pour l’Homme. C’est ainsi qu’émergent les premiers produits biologiques. Dans le même temps, l’industrie pharmaceutique se désintéresse progressivement du naturel au profit de la synthèse. Dans ce contexte, le courant « naturiste » gagne le monde de la pharmacie. Un certain nombre de botanistes et pharmaciens, convaincus des bienfaits de la nature continuent alors à identifier et à documenter les bienfaits des plantes et autres ingrédients naturels pour la santé. Ils s’appuient sur les développements analytiques et techniques de l’époque. Parallèlement, les pratiques médicales se diversifient. Cette diversification amène à la reconnaissance dans les années 70 des médecins dits « à exercice particulier ». Leur structuration contribue au développement d’une réflexion médicale autour notamment de la phytothérapie et de l’aromathérapie.
« la filière diététique, première filière agroalimentaire à s’intéresser spécifiquement à la formulation de produits alimentaires présentant des bénéfices santé. »
L’apparition des compléments alimentaires
C’est dans les années 60 qu’apparaissent en France les tous premiers compléments alimentaires à base de plantes comme le radis noir ou le ginseng, de produits de la ruche et de la mer ou d’oligo-éléments. Suivent ensuite, les ferments lactiques puis quelques vitamines et minéraux isolés, inspirés d’une tendance déjà présente dans les pays anglo-saxons. Ils sont pour l’instant confidentiels et émergent dans les rayons des magasins diététiques. Ils viennent alors compléter les gammes des fabricants en diététique, offrant une nouvelle solution aux consommateurs désireux de renforcer leurs apports nutritionnels et d’entretenir leur santé. La libération de certaines plantes du monopole pharmaceutique viendra par la suite enrichir cette offre au service de la santé.
La distribution des produits
Une distribution spécialisée en diététique se met en place dès l’après-guerre. En 1950, on dénombre déjà 350 « maisons de régime » et 150 pharmacies dotées d’un rayon diététique. Les maisons de régime se transformeront progressivement en magasins dits « spécialisés » puis magasins bio. Dans les années 70, les grandes et moyennes surfaces commencent également à implanter des rayons dédiés à la diététique.
La naissance de Synadiet
1950 : naissance du groupement du commerce des produits alimentaires naturels et de régime
En 1950, un premier groupement du commerce des produits alimentaires naturels et de régime est créé par des fabricants et distributeurs désireux d’unir leurs forces face aux difficultés liées à l’absence de cadre règlementaire. En 1961, le groupement laisse la place à des syndicats métiers : grossistes, détaillants et fabricants. Naît alors le Syndicat national des Fabricants, Distributeurs et Importateurs de produits Diététiques et de Régime qui prendra plus tard le nom de Synadiet. Les trois syndicats s’unissent au sein d’une fédération commune : la fédération nationale de la diététique (actuelle Maison de la Bio).
Le syndicat milite alors avec la fédération pour la création d’une règlementation spécialisée adaptée aux produits diététiques. Ce travail aboutira à l’adoption du décret de 1966. Si ce cadre libère le développement des produits diététiques, le secteur se heurte néanmoins toujours au monopole pharmaceutique des plantes médicinales.
Ces plantes, dont l’utilisation en tisane est pourtant traditionnelle en France, sont sous monopole depuis la loi du 11 septembre 1941 relative à l’exercice de la pharmacie qui met en même temps fin au diplôme d’herboriste. Synadiet se bat pour leur libération. Il obtiendra en 1979 la libération de 34 plantes inscrites à la pharmacopée française, du monopole officinal.
Parallèlement, en 1975, le syndicat des fabricants publie le livre blanc de la diététique. Il s’agissait d’apporter une réponse indiscutable aux critiques qui s’exerçaient à l’égard des produits diététiques ou de régime, des aliments naturels ou de la culture biologique. Il réunit au sein d’un même ouvrage une dizaine d’experts : médecins et diététiciens. Ce livre reçoit le « Prix Santé 75 » de la foire de Paris. Par ailleurs, Synadiet milite dès le début des années 70 pour l’adoption d’un cadre règlementaire propre aux produits agrobiologiques et un syndicat de fabricant dédié aux produits naturels et biologiques est créé en 1976. Le Syndicat national des producteurs et transformateurs de produits naturels de culture biologique (actuel Synabio) adhère alors à la fédération nationale de la diététique. Synadiet lui déléguera progressivement la défense des produits bio.
La naissance d’un cadre règlementaire dédié
Ce décret constitue la première reconnaissance légale d’une catégorie spécifique de denrée alimentaire se situant entre l’alimentation courante et le médicament. Il sera abrogé en 1975 et remplacé par le décret 75-653 qui enrichit notamment les mentions d’étiquetage des produits diététiques.
1966 : premier décret concernant les produits diététiques et de régime
Face au développement de l’alimentation diététique et à la qualité variable des produits proposés, l’académie de médecine plaide en 1963 pour l’adoption d’une législation diététique. Sa demande rejoint celle de Synadiet. Législateur, professionnels de santé et fabricants entament alors les travaux qui mèneront en 1966 à l’adoption du premier décret concernant les produits diététiques et de régime.
Ce texte définit les produits diététiques et de régime, comme des denrées :
Alimentaires,
Non-médicamenteuses,
Qui présentent des propriétés particulières concernant la santé humaine ou conviennent à la pratique de certains régimes ou à l’alimentation infantile.
Il introduit une déclaration préalable à la mise sur le marché des produits diététiques.
En 1979, Simone Veil, alors ministre de la Santé et de la Famille, libère 34 plantes inscrites à la pharmacopée, du monopole officinal. Parmi elles, on retrouve la camomille, l’eucalyptus, la lavande, la mélisse, l’ortie blanche, le tilleul et la verveine. Se faisant, elle favorise l’émergence de denrées alimentaires contenant ces plantes. Ces dernières doivent cependant être vendues « en l’état ». L’interprétation de ce terme donnera lieu à de nombreux débats entre le syndicat et l’administration.
Les enseignements de cette période
Une raison d’être santé dès l’origine
Le secteur des compléments alimentaires est l’héritier de cette histoire diététique. Il porte en lui dès l’origine cette volonté de proposer à la population des produits qui l’aideront à entretenir sa santé. Dès ses débuts, Synadiet reprenait à son compte cette phrase attribuée à Hippocrate : « La diététique permet aux bien portants de conserver la santé et aide ceux qui l’ont perdue à la retrouver ». Cet adage est toujours d’actualité et raisonne encore avec la raison d’être du secteur des compléments alimentaires.
Une proximité historique avec le monde de la bio
Les mouvements biologiques et diététiques sont intimement liés. Dès leur fondation, ils se sont entremêlés au service de la bonne santé de la population. Cette histoire explique l’attachement actuel de Synadiet au monde de la bio à travers notamment sa participation à l’actuelle Maison de la Bio et sa contribution à l’organisation annuelle du salon international des produits biologiques Natexpo.
Un besoin syndical dès l’origine
Les critiques qui émergent dès la naissance du secteur sur le bien-fondé des produits diététiques, le besoin de structuration des acteurs et les difficultés règlementaires ont imposé très tôt une construction syndicale. Cette unité syndicale est nécessaire pour permettre à tout un secteur d’assurer les conditions nécessaires à son développement.
Une raison d’être santé dès l’origine
Le secteur des compléments alimentaires est l’héritier de cette histoire diététique. Il porte en lui dès l’origine cette volonté de proposer à la population des produits qui l’aideront à entretenir sa santé. Dès ses débuts, Synadiet reprenait à son compte cette phrase attribuée à Hippocrate : « La diététique permet aux bien portants de conserver la santé et aide ceux qui l’ont perdue à la retrouver ». Cet adage est toujours d’actualité et raisonne encore avec la raison d’être du secteur des compléments alimentaires.
Une proximité historique avec le monde de la bio
Les mouvements biologiques et diététiques sont intimement liés. Dès leur fondation, ils se sont entremêlés au service de la bonne santé de la population. Cette histoire explique l’attachement actuel de Synadiet au monde de la bio à travers notamment sa participation à l’actuelle Maison de la Bio et sa contribution à l’organisation annuelle du salon international des produits biologiques Natexpo.
Un besoin syndical dès l’origine
Les critiques qui émergent dès la naissance du secteur sur le bien-fondé des produits diététiques, le besoin de structuration des acteurs et les difficultés règlementaires ont imposé très tôt une construction syndicale. Cette unité syndicale est nécessaire pour permettre à tout un secteur d’assurer les conditions nécessaires à son développement.
L’interview croisée : Alain Chatillon et Patrick de Longeaux
Alain Chatillon
Patrick de Longeaux
Alain Chatillon est Sénateur et fondateur de Nutrition et santé, ancien vice-président de Synadiet. Patrick de Longeaux est l’ancien directeur général de Favrichon, président de Synadiet de 1983 à 1994.
Fondateur de Nutrition et Santé, vous êtes l’un des pionniers du secteur de la diététique et un entrepreneur à succès. Pouvez-vous nous expliquer quelle était la raison d’être des premières entreprises de la diététique ?
Alain Chatillon : Ayant démarré mon activité dans la minoterie familiale située à Revel, j’ai pris conscience de l’intérêt du germe de blé. Le groupe Pierre Fabre m’a consulté car ils étaient propriétaires depuis 2 ans de Gerblé. J’ai donc participé au capital de Gerblé avec le groupe Pierre Fabre, puis 2 ans après Rhône-Poulenc a pris une participation à mes côtés pour prendre la suite. J’ai pu ainsi fortement développer l’activité avec l’aide et l’accompagnement de Synadiet. Ce fut je pense, comme pour d’autres marques, le démarrage de la diététique en France (nous avons acheté Cereal en 1991). Entre l’alimentation et les médicaments on avait besoin de trouver des produits d’accompagnement et ce fut la réussite des produits diététiques.
Quelle a été la réaction des autorités face au développement de la diététique ?
Alain Chatillon : Les autorités ont été forcément dans l’obligation d’accompagner nos développements car des produits européens commençaient à rentrer dans notre marché.
Comment la diététique a évolué avec le temps et quels enseignements peut-on tirer de ce développement ?
Alain Chatillon : La diététique a été accompagnée de plus en plus par la grande distribution avec de larges rayons spécialisés mais aussi par les pharmacies. Avoir été précurseur a été un élément fort pour la diététique. Pour autant, il faut que la réglementation française soit plus forte au niveau de l’Europe, afin que certains pays n’anticipent pas au dessous de nous, notamment l’Allemagne, les Pays-Bas, les pays nordiques.
Vous êtes engagé en politiquedepuis 35 ans en tant que maire, puis Sénateur. Comment votreexpérience industrielle a nourri cet engagement politique ?
Alain Chatillon : J’ai effectivement été maire de Revel de 1989 à 2017, l’actuel Président de la République ayant supprimé le cumul des mandats en 2017, ce qui m’a profondément agacé car il m’apparaissait indispensable au Sénat d’avoir une connaissance et une légitimité sur le terrain. Je suis donc sénateur depuis 2008 et jusqu’en 2026, après avoir été vice-Président du Conseil Régional de 1991 à 2005. Cette expérience industrielle m’a permis d’accompagner nombre d’entreprises en expliquant aux élus l’intérêt des produits diététiques pour les consommateurs mais aussi le besoin d’accompagnement pour les entreprises en général en France et à l’étranger.
Comment est né le secteur de la diététique puis des compléments alimentaires ?
Patrick de Longeaux : Après la guerre, le secteur agroalimentaire s’est lancé dans le productivisme et l’utilisation massive de produits chimiques pour augmenter les rendements et assurer la richesse calorique de l’alimentation. Dans le même temps, une frange de la population s’est levée pour alerter contre le risque du tout chimie. Le secteur de la diététique a alors émergé du secteur de la minoterie en produisant au début des farines simples qu’on appellerait aujourd’hui bio, naturelles, des compléments alimentaires et des produits de régime. Il était alors composé de petits acteurs. Les distributeurs-détaillants étaient aussi des petits magasins disposant d’une exclusivité géographique de vente au niveau d’une ville ou d’un quartier. Les premiers compléments alimentaires qui ont émergé dans ces années-là n’avaient rien à voir avec ceux d’aujourd’hui. Il s’agissait de produits très simples qui répondaient aux attentes de quelques thérapeutes. Progressivement, la grande distribution s’est formée et, dans les années 70, la diététique a gagné les rayons des grandes surfaces.
Dans ce contexte, comment le syndicalisme s’est organisé ?
Patrick de Longeaux : À la sortie de la guerre, il existait, rue Hamelin, un syndicat de la biscuiterie et des farines simples. Une scission s’est opérée au sein de ce syndicat qui a amené des petits fabricants et industriels à créer, en 1950, un groupement de la diététique. Rapidement, des divergences ont émergé du groupement amenant à la création de plusieurs syndicats : un pour les fabricants, un pour les détaillants puis un pour les grossistes. La profession a ensuite voulu organiser des salons entre détaillants et fabricants. C’est l’origine de ce qui deviendra plus tard Dietexpo puis Natexpo.
Comment les produits diététiques étaient perçus au début ? Comment se sont-ils progressivementfait une place dans le panier des Français ?
Patrick de Longeaux : Les produits diététiques et compléments alimentaires étaient, au début, consommés par une frange marginale de la population. Les consommateurs étaient perçus comme des originaux. Progressivement, la règlementation a structuré et assaini le marché. Le secteur a grossi et s’est diversifié. Synadiet s’est ainsi concentré sur la diététique et les compléments alimentaires. L’alimentaire s’est, elle, transformée en bio au sein de Synabio.
Vous avez été président de Synadiet puis de la fédération française de la diététique, quel rôle Synadiet a-t-il joué dans le développement de la diététique puis dans celui des complémentsalimentaires ?
Patrick de Longeaux : Pendant les premières années, Synadiet étaient très proches des médecins. Puis, le syndicat face aux contrôles et aux actions en justice, a développé une expertise juridique et technique afin de défendre le secteur et de former les opérateurs. Un certain nombre de médecins ont également commencé à critiquer la diététique et les compléments alimentaires. Une règlementation a alors émergé à laquelle Synadiet a contribué. Le syndicat n’a pas toujours eu des relations simples avec les autorités, mais les choses se sont normalisées dans les années 80 grâce à l’action de Charles Legrand (Yalacta), Roger Pignon (Promedica) et Michèle Chirol (Dietaroma).
1980-2001 : Le développement des compléments alimentaires
Les évolutions économiques et sociales
Dans les années 80 et 90, les compléments alimentaires, déjà présents de manière significative dans les pays anglo-saxons, se développent en France. Ils quittent la confidentialité des magasins diététiques et se répandent dans tous les circuits de distribution. En 1987, face au déficit de la sécurité sociale, Philippe Seguin, ministre des Affaires sociales, décide du déremboursement d’un grand nombre de médicaments dits de confort. Plus de 80 spécialités à base de vitamines et minéraux sont déremboursées. Cette décision favorisera le développement des compléments alimentaires à base de vitamines et minéraux. Les compléments alimentaires se développent donc progressivement dans les années 80 et 90 pour atteindre un chiffre d’affaires d’environ 4 Md de francs au début des années 2000 (environ 631 M€) et générer 3600
emplois directs.
Les ventes se développent dans plusieurs réseaux
Les magasins diététiques déjà bien implantés continuent d’être le terreau du développement des compléments alimentaires. Dans les années 90, on compte ainsi 1500 magasins diététiques.
Dans les années 80 naissent également les premières enseignes de parapharmacie. En 1984, E. Leclerc inaugure ainsi sa première parapharmacie. Ces enseignes se heurtent au monopole officinal. Il faudra attendre 1987 pour que le conseil de la concurrence autorise Leclerc à vendre des produits d’hygiène et cosmétique réservés jusque-là aux pharmacies12. La controverse continue cependant concernant la commercialisation de produits qui, sans être des médicaments, sont utilisés pour la santé : eau oxygénée, tests de grossesse, préservatifs, laits maternisés, et compléments alimentaires… Les enseignes de parapharmacie seront ainsi assignées systématiquement en justice par le conseil national de l’ordre des pharmaciens (CNOP). Au milieu des années 90, on dénombre néanmoins plus de 250 parapharmacies en France.
Le marché se développant, il attire progressivement des entreprises pharmaceutiques. Dans les années 80, le circuit officinal commence alors à commercialiser des compléments alimentaires. La création des dossiers d’AMM allégés pour les médicaments traditionnels à base de plantes facilitera le développement des produits de phytothérapie en officine. À côté des tisanes, forme historique de la phytothérapie, se développent ainsi des gélules de poudre et quelques extraits simples de plantes.
Par sa capacité de conseil, la pharmacie deviendra rapidement et restera le principal circuit de vente des compléments alimentaires. En 2001, le marché des compléments alimentaires en pharmacie est ainsi estimé à 1,5 milliard de Francs 2 (237 M€) avec 18 millions d’unités vendues annuellement. La pharmacie bénéficiera donc finalement fortement du développement de ce marché que ses représentants avaient tant combattu.
« À côté des tisanes, forme historique de la phytothérapie, se développent des gélules de poudre et quelques extraits simples de plantes »
L’arrivée des produits européens
En outre, avec la naissance du principe de reconnaissance mutuelle en 79 puis l’ouverture des frontières avec le traité de Maastricht, de plus en plus de produits étrangers arrivent sur le marché français avec des compositions qui, bien que conformes à la réglementation de leur pays d’origine, ne le sont pas toujours à celle en vigueur en France .
Le Royaume-Uni, premier pays européen à reconnaître légalement les compléments alimentaires, puis la Belgique et l’Italie seront les terreaux du développement européen du secteur.
Un grand flou juridique
Dans les années 80 et 90, les compléments alimentaires ne sont pas définis par la règlementation. Considérés comme des aliments, ils sont soumis à l’ensemble du cadre s’imposant aux denrées alimentaires. Néanmoins, par leur objet, leur forme et leur composition, ils posent la question de la frontière entre aliments et médicaments. La définition de cette frontière donne lieu à une véritable querelle jurisprudentielle entre les opérateurs du complément alimentaire et les représentants de la pharmacie. Derrière cette querelle, une question : des produits au service de la santé peuvent-ils exister en dehors du giron de la pharmacie ? Les décisions de justice française et européennes se suivent tout au long des années 80 et 90 avec une interprétation plus ou moins extensive de la définition du médicament.
« La définition de la frontière avec le médicament donne lieu à une véritable querelle judiciaire »
1983 :La cour de justice européenne (CJCE), reconnaît que la forme extérieure d’un produit (gélules, comprimés…), « peut constituer un indice sérieux de l’intention du vendeur ou du fabricant de commercialiser celui-ci en tant que médicament. Cet indice ne saurait cependant être exclusif et déterminant ».13 Elle reconnaît également l’alimentarité des vitamines consommées en petite quantité 3. Cette jurisprudence européenne donnera lieu à un grand nombre d’interprétations. Les juridictions françaises continueront ainsi pendant près de vingt ans à faire régulièrement de la galénique un indice clé de la requalification d’un produit en tant que médicament. Les divergences jurisprudentielles créent une insécurité juridique qui pénalise lourdement les opérateurs et les consommateurs. En 1998, le CNOP recense 187 procédures en cours contre des opérateurs du complément alimentaire pour pratique illicite de la pharmacie. En parallèle de ces décisions judiciaires, des travaux français et européens sont lancés afin de poser les bases de la future règlementation.
La construction juridique du secteur dans les années 80-90
1986 : Création des dossiers d’AMM plantes allégés13. Les plantes obtiennent un cadre proportionné, dans le giron du médicament.
1992 : Lancement des travaux européens pour une directive cadre régissant les compléments alimentaires.
1993 : entrée en vigueur du traité de Maastricht – fin des frontières européennes.
1996 : Alors que de la gélatine bovine est employée dans les médicaments et les compléments alimentaires, ces derniers sont concernés par la crise de la vache folle. Les mesures de gestion de risque sont l’occasion d’adopter la première définition légale des compléments alimentaires : « produits destinés à être ingérés en complément de l’alimentation courante, afin de pallier l’insuffisance réelle ou supposée des apports journaliers. »14
1998 : Lancement d’un groupe de travail sur les plantes présidé par le professeur Anton et réunissant les autorités françaises et les industriels. Ce groupe vise à identifier les plantes de la pharmacopée pouvant être employées dans des produits autres que des médicaments.
Le syndicat, un pont entre les autorités et les industriels
Tout au long des années 80 et 90, le syndicat milite pour l’adoption d’un cadre règlementaire adapté aux compléments alimentaires en France et au niveau européen. Il soutient ses adhérents dans leurs combats judiciaires et se bat notamment pour faire accepter les formes galéniques dans l’alimentaire. Il se mobilisera également en faveur de l’acceptation de davantage de plantes dans les compléments alimentaires – A l’époque, seules 34 plantes sont libérées du monopole pharmaceutique. Face au flou règlementaire et au développement du marché, Synadiet décide, en 1989, d’adopter la première charte des compléments alimentaires. Cette dernière définit pour la première fois à l’échelle du secteur ce qui est entendu comme un complément alimentaire. Elle contient par ailleurs, un certain nombre de principes éthiques (ingrédients qu’ils peuvent contenir, loyauté des allégations, rappel de l’interdiction d’allégations thérapeutiques …). Cette charte, adoptée au cours de l’assemblée générale, est communiquée à l’ensemble des professionnels du secteur. Son contenu et les travaux de formation et d’information des opérateurs qui s’en suivront permettront à Synadiet d’œuvrer au service de la qualité du secteur. Ce travail et cette crédibilité gagnée permettront au syndicat de poser les fondements des règlementations qui suivront.
En 1993, Synadiet rédige ainsi un premier projet de règlementation des compléments alimentaires, inspiré de la charte, qui servira de base d’échange avec les services de la répression des fraudes. Plusieurs projets de règlementation française des compléments alimentaires seront ainsi étudiés par l’administration pendant les années 90, jusqu’à ce que l’émergence du projet de directive européenne mette en pause les travaux français.
En 20 ans, le syndicat passe d’une quarantaine d’adhérents spécialisés dans la diététique à une centaine en 2002, dont un grand nombre d’industriels du complément alimentaire. De par sa complexité juridique, le complément alimentaire prend progressivement une place centrale dans son activité. Cette augmentation du nombre d’adhérents traduit à la fois le développement du secteur, le caractère incontournable du syndicat dans la défense du secteur, et la responsabilisation de la profession.
Les grandes dates de Synadiet
1985 : le syndicat adhère à la fédération européenne des associations de fabricants de produits de santé (EHPM).
1989 : Le syndicat adopte la première charte des compléments alimentaires
1993 : Le syndicat prend le nom de Synadiet
Premier logo du syndicat – utilisé dans les années 80
Logo de Synadiet – utilisé dans les années 90
Les grands enseignements de la période
La nécessité d’un cadre adapté
L’innovation de rupture challenge systématiquement le cadre juridique en place. Sa situation nouvelle étant par nature non prévue par la règlementation, elle se construit dans un flou règlementaire qui est source d’une grande insécurité juridique pour les opérateurs qui la porte. Seule l’adoption d’un cadre adapté met un terme à cette insécurité juridique, et donc financière, des opérateurs et permet donc le développement de l’innovation.
La combativité
Au cours des années 80 et 90, les opérateurs du complément alimentaire ont dû faire face à une vague inouïe de contestations judiciaires. Seule leur détermination à proposer à la population des produits naturels pour entretenir sa santé, et leur fédération leur ont permis de survivre à ces attaques permanentes. Sans cette combativité, nous ne serions pas là aujourd’hui.
La crédibilité
Synadiet a contribué à poser les bases de l’encadrement du secteur. Le syndicat a également œuvré à documenter la sécurité et l’intérêt des compléments alimentaires. Cette éthique est nécessaire pour assurer la qualité des produits et, par ricochet, obtenir le soutien des parties prenantes administratives, scientifiques, politiques et judiciaires. C’est sur cette base que le syndicat a pu convaincre progressivement du bien-fondé de la catégorie et donc de la nécessité de permettre, voire de favoriser leur développement.
L’interview croisée : Michel de Sarrieu et Robert Anton
Michel de Sarrieu
Robert Anton
Michel de Sarrieu est Consultant règlementaire, administrateur de Synadiet de 2001 à 2020. Robert Anton est Docteur en pharmacie, professeur émérite de l’Université de Strasbourg.
Quel type de produits retrouve-t-on sur le marché dans les années 80 et 90 ? Quelles sont les attentes des consommateurs ?
Michel de Sarrieu : Les consommateurs recherchent déjà des produits naturels, sûrs et accessibles pour entretenir leur santé. L’offre se compose alors surtout de vitamines, minéraux, acides aminés essentiels, oméga-3 et des quelques plantes libérées par Simone Veil en 1979. Progressivement, les plantes autorisées dans d’autres pays européens comme la Belgique, l’Italie ou l’Angleterre, arrivent sur le sol français.
Le développement des compléments alimentaires a posé la question de la frontière entre médicaments et aliments. Quel était l’enjeu et comment Synadiet l’a adressé ?
Michel de Sarrieu : À cette époque, le Conseil national de l’ordre des pharmaciens multiplie les actions en justice contre les opérateurs commercialisant des gélules ou autres formes galéniques sans autorisation de mise sur le marché. Face à ces tensions, Synadiet s’est rapproché des autorités pour défendre la crédibilité de la filière. Le syndicat a élaboré des règles de bonnes pratiques, formé les opérateurs et alerté les pouvoirs publics sur le décalage entre la réglementation française et celle de ses voisins européens. Ce travail a abouti, à la fin des années 1990, à la création d’un groupe de travail présidé par le Pr. Robert Anton, chargé d’identifier les plantes pouvant sortir du monopole pharmaceutique.
Quels enseignements en tirez-vous concernantle rôle de la règlementation dans le soutien à l’innovation ?
Michel de Sarrieu : Avant la directive européenne, innover était alégal et donc impossible : l’absence de cadre freinait les entreprises. En reconnaissant le rôle physiologique des compléments alimentaires, la règlementation a permis leur développement tout en fixant des garde-fous. Un cadre réglementaire adapté protège non seulement les consommateurs mais aussi les acteurs responsables contre la concurrence déloyale.
Le syndicalisme est-il la réponse possible face à un environnement instable ?
Michel de Sarrieu : Pendant toutes ces années, Synadiet a défendu la crédibilité du secteur. Sur cette base, le syndicat a pu convaincre l’administration de la nécessité d’adopter une règlementation adaptée. Le syndicat s’est donné les moyens de cette crédibilité en formant les opérateurs et en documentant le bien-fondé scientifique des produits. Si les industriels du complément alimentaire peuvent opérer sur ce marché c’est grâce au travail considérable mené par Synadiet.
Vous avez dédié votre carrière aux plantes médicinales. Quels ont été les principaux enjeux posés par le renouveau de la phytothérapie ?
Robert Anton : J’ai toujours été passionné par les plantes. À mes débuts de Professeur, j’ai réformé l’enseignement de la pharmacognosie et intégré un grand nombre d’institutions nationales et européennes en matière de médicament, de nutrition et même de cosmétiques. Tout était à construire ! Par exemple pour l’Agence officielle responsable du comité « Nutrition », les experts présents envisageaient principalement la sécurité et l’efficacité avec des preuves cliniques, comme celles établies pour les vitamines qui sont des molécules uniques, ce qui n’est pas le cas des plantes ! Par ailleurs, il a fallu rassembler les données scientifiques et traditionnelles sur les plantes. Ainsi, nous avons établi une démarche scientifique nécessaire : identifier les molécules présentes dans une plante, comprendre leurs effets pharmacologiques et toxicologiques, et tenter de les confirmer par des études cliniques, qui ne sont pas légions car elles sont très coûteuses et les brevets guère possibles. Les enjeux posés par le renouveau de la phytothérapie étaient donc importants eu égard à « l’embrouillamini » commercial qui existait sur le marché !
Au sein des groupes de travail « Plantes », puis « BELFRIT » vous avez accompagné l’autorisation des plantes dans les compléments alimentaires. Quel a été votre leitmotiv ?
Robert Anton : À la demande du Ministre en 1980, qui était impressionné par la Médecine chinoise, j’ai créé l’AMM avec des critères spécifiques aux médicaments à base de plantes. Puis, ce fût une belle aventure avec Luc Delmulle (expert belge), Mauro Serafini (Professeur à Rome) et votre serviteur. L’EFSA (European Food Safety Autority) imposait que la démonstration clinique sur l’homme sain fut faite sur chaque plante, ce qui était impossible ! Il fallait agir. Nous avons alors établi une liste commune entre nos 3 pays d’un peu plus de 1000 espèces de plantes qui pouvaient à notre avis, être autorisées dans des compléments alimentaires. Notre ambition était de créer une proposition solide, fondée sur les données scientifiques (botaniques, chimiques, pharmaco-toxicologiques) garantissant la sécurité d’emploi avec un recul d’utilisation suffisant.
Comment voyez-vous l’avenir des plantes dans la santé ?
Robert Anton : Le secteur des compléments alimentaires se développe, contrairement à celui des médicaments traditionnels à base de plantes dont les dossiers se font plus rares et qui devraient être réservés à des pathologies plus « sérieuses », mais il faut rester vigilant. La qualité des produits doit être rigoureusement contrôlée et les doses respectées. Ainsi, les plantes peuvent aider à prévenir des troubles légers du quotidien, aux confins d’un « bien- être », dans le cadre de « soins complémentaires », évitant parfois le recours à des médicaments puissants. Mais il faut aussi garder à l’esprit qu’elles agissent avec une activité physio-pharmacologique résultante de l’ensemble des constituants de la plante, et non d’un simple assemblage additionnel des effets des molécules. Les plantes ne sont pas des simples mais des complexes car elles sont le reflet de l’évolution de la vie, et demandent qu’on les aborde avec une certaine humilité !
2001-2016 : La grande structuration règlementaire de la profession
Un encadrement complet
La période 2001-2016 a été une période de structuration règlementaire intense pour le secteur des compléments alimentaires. En moins de 15 ans, ont été adoptés l’ensemble des textes législatifs et règlementaires qui encadrent notre activité. En premier lieu, la directive cadre de 2002 sur les compléments alimentaires a constitué une véritable reconnaissance des produits. Elle a mis un terme aux attaques judiciaires incessantes auxquelles les opérateurs du secteur étaient soumis. Dans les années qui ont suivi, tous les aspects des compléments alimentaires ont été encadrés dans les moindres détails :
Un système de déclaration préalable s’apparentant à une autorisation simplifiée a été mis en place pour tous les compléments alimentaires mis sur le marché français (possibilité pour les autorités de refuser un produit au moment de la déclaration)
Des mentions d’étiquetage obligatoires ont été introduites pour assurer la sécurité d’emploi des produits (quantité d’actifs, précautions d’emploi, dose journalière …)
Les ingrédients qu’ils contiennent ont été encadrés. Ils sont autorisés par des listes nationales ou européennes et font l’objet de mesures de gestion de risque : mentions d’étiquetage, doses maximales, interdictions …
Les allégations nutritionnelles et de santé qu’ils revendiquent sont encadrées par le règlement 1924/2006 qui crée une vérification européenne centralisée de ces allégations et assure ainsi au consommateur qu’elles soient fondées scientifiquement
La qualité et la sécurité des produits ont été encadrées par la législation alimentaire générale. Un système de nutrivigilance lancé en 2010 permet également aux autorités françaises de surveiller les éventuels effets indésirables apparaissant suite à la consommation d’un produit.
« En 15 ans, tous les aspects des compléments alimentaires ont été encadrés. »
Parallèlement, l’application du principe de reconnaissance mutuelle a entraîné un élargissement progressif des ingrédients autorisés sur le sol français. Cette construction législative et règlementaire a considérablement transformé le secteur. Elle a assis la sécurité juridique des opérateurs, leur permettant d’investir et de se développer. Elle a également encouragé une montée en qualité des produits au service des consommateurs. L’expérience invite néanmoins à modifier certaines règles qui sont apparues inadaptées. C’est le cas du règlement Allégations qui devra évoluer afin de libérer l’innovation en faveur de la documentation des ingrédients de santé naturelle. S’il a permis de « faire le ménage » dans les allégations existantes, il a cependant bloqué l’innovation.
Dans un contexte international en pleine émulation, le nombre d’allégations déposées chaque année sur le vieux continent se compte désormais sur les doigts d’une main. Cette situation devra être corrigée.
La construction juridique du secteur des compléments alimentaires en 2000-2016
2002 • Directive cadre sur les compléments alimentaires : directive 2002/46/CE • Adoption du règlement (CE)178/2002 établissant les principes généraux de la législation alimentaire
2006 • Transposition française de la directive de 2002 : décret n°2006-352 • Adoption des niveaux maximums de nutriments autorisés : arrêté du 9 mai 2006 • Règlement (CE) 1924/2006 relatif aux allégations nutritionnelles et de santé • Encadrement des substances autres que les vitamines et minéraux : règlement (CE) n°1925/2006.
2010 Lancement de la nutrivigilance suite à la loi n° 2009-879 du 21 juillet 2009
2011 Harmonisation des règles d’étiquetage des denrées alimentaires : règlement (UE) n° 1169/2011
2012 Adoption d’une première liste d’allégations de santé autorisées : règlement n° 432/2012
2014 • Publication de la liste BelFrIt par la Belgique, la France et l’Italie. Elle offre une perspective d’harmonisation européenne des plantes • Publication de la liste des plantes autorisées en France : arrêté du 24 juin 2014
2016 • Publication de la liste des substances autorisées en France : arrêté du 26 septembre 2016 • Mise en place de la Télédéclaration avec le lancement de l’outil TeleIcare
Entre 2002 et 2016, le complément alimentaire s’ancre dans les habitudes des Français. En 2003, le Credoc estimait que 11,2% des Français consommaient des compléments alimentaires. En 2008, ils sont 37%, proportion qui restera stable dans les années suivantes. Cette augmentation de la consommation s’explique en partie par la structuration règlementaire qui sécurise la commercialisation des produits. Le marché attire alors de nouvelles entreprises et des moyens plus importants.
Diffusion de l’information en santé
Parallèlement, la période est caractérisée par le développement considérable de l’information en santé et nutrition. En 2001, l’Etat lance son premier programme national nutrition santé (PNNS). Cela marque le début des grandes campagnes d’information nutritionnelle. La population devient de plus en plus sensibilisée à l’importance de l’équilibre nutritionnel et micro-nutritionnel. Par ailleurs, avec le développement d ‘internet, le début des années 2000 est marqué par la démocratisation de l’information.
Chacun peut désormais, à sa mesure, s’informer et partager avec ses pairs au sujet de sa santé. Cette démocratisation permet l’émergence d’un individu acteur de sa propre santé. En 2002, la loi Kouchner acte cette évolution et place l’individu au centre de son parcours de santé. Par ailleurs, les années 2000, puis 2010 sont marquées par le vieillissement de la population. En 2014, la proportion des plus de 60 ans dans la population française, dépasse pour la première fois celle des moins de 20 ans. L’entretien en bonne santé de la population devient mécaniquement de plus en plus nécessaire. Dans ce contexte, le marché français des compléments alimentaires se développe fortement. Entre 2003 et 2016, son chiffre d’affaires double en passant de 700 M€ à 1,6 Md€.
« Chacun peut désormais, à sa mesure, s’informer et partager avec ses pairs au sujet de sa santé. »
La gamme de produits proposés évolue significativement. En 2001, le secteur, marqué par son ancrage diététique se concentrait autour des produits minceurs et beauté. Ces deux promesses généraient près de la moitié du chiffre d’affaires du secteur. 15 ans plus tard, les compléments alimentaires sont résolument ancrés dans la santé. La beauté et la minceur ne représentent cumulativement plus que 16 %. Trois indications génèrent désormais la moitié du marché : la vitalité/immunité, le sommeil/stress et la digestion. Le reste de la valeur est généré par diverses catégories : santé visuelle, articulation, voies respiratoires, circulation … Fort d’une existence légale, les compléments alimentaires se développent dans tous les circuits de distribution. Néanmoins, c’est en pharmacie qu’ils croient le plus. Fort d’une présence historique en vente par correspondance, ils passent naturellement le cap du e-commerce. A la fin des années 2000, de nombreux sites de e-parapharmacie voient ainsi le jour. Ces derniers sont indirectement boostés par l’autorisation en 2013 de la vente de médicaments sur internet.
« les compléments alimentaires sont résolument ancrés dans la santé. »
Le développement syndical
Entre 2001 et 2016, Synadiet a également fortement évolué. Le syndicat a progressivement dédié son action aux compléments alimentaires, en abandonnant le sujet de la diététique à l’Alliance 7. En effet, un syndicat concurrent à Synadiet existait depuis quelques années au sein de l’Alliance 7 (le SDCA). Une fusion entre Synadiet et le SDCA est actée fin 2011 et entre en vigueur début 2012. Elle permet de clarifier la représentation nationale du secteur et de mutualiser les forces au service de la profession. Dans le même temps, Synadiet se structure :
En 2001, le syndicat crée une charte qualité. Cet outil sera déterminant dans la montée en compétences de toutes les entreprises – des plus petites aux plus grosses.
Il documente l’activité économique de la profession et commence à publier chaque année les chiffres du marché des compléments alimentaires.
Il développe les outils scientifiques, règlementaires et techniques du secteur (base de données ingrédients, site internet …). Ce faisant, Synadiet passe de près de 100 adhérents en 2001à 224 adhérents en 2016. Cette montée en puissance lui a permis d’être au premier plan des négociations politiques et règlementaires.
Synadiet et le SDCA fusionnent en 2012
SDCA – Syndicat national des compléments alimentaires
Synadiet – Syndicat national des compléments alimentaires
Les grands enseignements de la période
Un cadre juridique proportionné favorise le développement des entreprises en protégeant les consommateurs
La règlementation, en assurant la sécurité juridique des opérateurs, permet de sécuriser les investissements. Se faisant, la période démontre comment un cadre, pour peu qu’il soit proportionné, favorise le développement économique. C’est l’absence oule caractère disproportionné du cadre qui conduit à l’étouffement du marché.. L’application qui a été faite du règlement Allégations en est la bonne illustration.
L’importance d’un syndicat fort dans la structruration du marché et la création législative et règlementaire
Au cours de la période 2001-2016, Synadiet a contribué à la montée en qualité des opérateurs du complément alimentaire. Le rôle d’un syndicat professionnel est clé en ce sens et contribue fortement au bon fonctionnement d’un marché. En outre, en relayant de manière structurée la parole des opérateurs, Synadiet a pu contribuer à la construction du cadre règlementaire en place. Cette intégration des structures syndicales à la construction législative et règlementaire est essentielle afin d’assurer la proportionnalité des mesures qui sont adoptées
Une population soucieuse de sa santé en attente de soutien
Le début des années 2000 est marqué par l’émergence d’une volonté de la population de s’investir dans l’entretien de sa santé. Cette responsabilisation des citoyens dans la prise en charge de leur santé doit être soutenue afin que la société puisse collectivement faire face à la hausse des maladies chroniques et au vieillissement de la population.
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L’interview croisée : Marie-Pascale Legrand et Guillaume Cousyn
Marie-Pascale Legrand
Guillaume Cousyn
Marie-Pascale Legrand est directrice générale de Yalacta, administratrice de Synadiet depuis 2000. Guillaume Cousyn est consultant règlementaire chez ProductLifeGroup. Il a été chargé de mission, puis adjoint au chef du bureau en charge des compléments alimentaires à la DGCCRF de 2006 à 2020
Vous êtes administratrice de Synadiet depuis 2000. Quelles sont les dates de la période qui vous paraissent les plus marquantes ?
Marie-Pascale Legrand : 2002 : la directive de 2002 a constitué la naissance officielle du complément alimentaire et la reconnaissance du droit à exister et opérer des acteurs du complément alimentaire. C’était la fin de l’illégalité ! 2006 a constitué la deuxième grande date de la période avec l’adoption du règlement sur les allégations nutritionnelles et de santé. Ce règlement a profondément modifié la vie des entreprises. Dans ce contexte, Synadiet a été particulièrement précieux dans l’accompagnement des entreprises, la négociation des périodes de transition et l’obtention d’un cadre temporaire pour les plantes.
Entre 2001 et 2016, le secteur a vécu une grande structuration règlementaire. Comment cela s’est-il passé ?
Marie-Pascale Legrand : Le secteur s’est développé sous l’impulsion des consommateurs qui trouvent dans ces produits un bénéfice santé. Par ailleurs, la sécurité juridique apportée par la structuration règlementaire a permis aux opérateurs d’investir et de se développer.
Vous avez porté les différentes refontes de la charte qualité du syndicat. Pouvez-vous nous présenter cette initiative ?
Marie-Pascale Legrand : Quand je suis arrivée au Conseil d’administration de Synadiet, on sentait la nécessité pour les entreprises de se prendre en main avant que l’administration n’impose des règles qui seraient inadaptées. Nous avons donc travaillé ex nihilo pour créer une première version de la charte. Par la suite, nous nous sommes rapprochés du SDCA pour constituer une charte commune. L’objectif était de constituer un document concret, riche en exemples, qui serait à la portée des plus petites entreprises. Sur cette base, l’EHPM a pu éditer son propre guide qui a permis aux fédérations moins équipées que Synadiet de bénéficier d’un outil. Dans le même temps, Synadiet a développé des formations qualité pour les opérateurs.
Quels sont les principaux enseignements de la période ?
Marie-Pascale Legrand : Il faut s’unir en tant qu’entreprises, mais également en tant que syndicats, pour défendre la profession avec énergie et détermination Il faut des règles partagées et équitables pour tous. Il est en effet nécessaire de rester sérieux. L’exigence est porteuse tant qu’elle reste proportionnée.
Vous avez travaillé de nombreuses années au sein du bureau 4A de la DGCCRF. Quels ont été les grands événements et enjeux de ces années ?
Guillaume Cousyn : Un moment clé a été la condamnation de la France par la Cour de justice de l’Union européenne, le 5 février 2004, pour entrave à la libre circulation des marchandises. Au moment d’adopter le décret de 2006, la France risquait une amende de 60 millions d’euros ! La question du respect des grands principes des traités européens a donc été prégnante dans les décisions prises par la DGCCRF, en particulier les décisions individuelles de demandes d’autorisation. Autre étape décisive : l’adoption, en 2006, des règlements sur les allégations nutritionnelles et de santé, et sur l’adjonction de vitamines et autres substances. Ces textes, de même que BelFrIt, faisaient naître l’espoir d’une harmonisation des règles. Mais cet espoir n’a été que partiellement comblé. L’absence d’harmonisation des ingrédients a engendré de nombreuses difficultés – comme l’ont montré les affaires des monacolines ou des HAD. Il aurait fallu, à l’échelle européenne, que des discussions puissent avoir lieu tant sur la sécurité que sur la frontière avec les médicaments de manière à disposer d’un cadre de décision cohérent et consistant.
Comment ont évolué vos échanges avec Synadiet et, plus largement, le secteur ?
Guillaume Cousyn : Le paysage a profondément changé. Quand je suis arrivé, le secteur était en pleine construction et encore un peu « artisanal » ; il est aujourd’hui solide et structuré. La confiance que les consommateurs accordent à ces produits en est le premier témoin. La fusion de Synadiet et du SDCA a marqué une étape importante : elle a renforcé le dialogue avec la DGCCRF et permis au syndicat de se doter de moyens accrus pour produire des travaux techniques reconnus, de porter une vision claire et ainsi de parler d’une voix plus unie au nom de la profession.
Quels enseignements retenir pour l’avenir ?
Guillaume Cousyn : Le premier, c’est que la crédibilité du secteur passe par la qualité. Elle a beaucoup progressé, mais il reste à convaincre certains experts encore méfiants. Plus de transparence sur la manière dont la qualité est assurée est essentielle. Synadiet joue ici un rôle clé, notamment à travers ses guides et formations auprès de ses adhérents et ses prises de parole auprès des autorités. Le second, c’est l’importance de porter la voix du secteur au niveau européen. Les élus européens doivent être sensibilisés à ces enjeux. Par ailleurs, les gestionnaires du risque européens doivent prendre conscience que, dans un contexte d’incertitude scientifique, la gestion du risque ne se résume pas à autoriser ou interdire. Il existe tout un éventail de solutions pour encadrer l’utilisation d’ingrédients. A cet égard, la tradition constitue une aide à la décision fort utile.
2016-2026 : Le complément alimentaire s’ancre dans les habitudes des Français
Évolutions économiques et sociétales
Des produits de plus en plus techniques
Entre 2016 et 2025, le développement du secteur se poursuit et son ancrage dans la santé s’accélère. Le marché est dominé par les produits tonus, immunité, digestion, stress, sommeil et voies respiratoires. La documentation scientifique produits s’accélère aussi et fait émerger des ingrédients de plus en plus techniques et reconnus : des extraits standardisés, ingrédients brevetés et objectivés, sources et processus de fabrication plus respectueux de l’environnement. Le développement du secteur attire également de nouveaux acteurs. Les laboratoires pharmaceutiques accroissent ainsi leur présence dans le secteur, de même que certains industriels de l’alimentaire ou de la cosmétique. Les entreprises, jusqu’alors quasi-exclusivement familiales, ouvrent leur capital aux fonds d’investissement afin d’accélérer leur développement. Les jeunes générations font, quant à elles, émerger de nouveaux entrepreneurs qui misent sur Internet et les réseaux sociaux et adressent des enjeux de santé encore peu couverts (santé de la femme puis de l’homme, axe intestin-cerveau, déséquilibres de la peau, concentration …). Dans cette émulation industrielle, le secteur reste très majoritairement un secteur de TPE, PME et ETI.
« La documentation scientifique des produits s’accélère aussi et fait émerger des ingrédients de plus en plus techniques»
La santé, première préoccupation des Français
L’augmentation exponentielle des moyens de communication a considérablement accru l’expertise de la population en matière de santé. En 2024, plus de la moitié des Français a utilisé Internet pour rechercher des informations relatives à leur santé (+10 points en 10 ans). En outre, la santé est devenue la première préoccupation des Français devant l’éducation, l’emploi et la sécurité14 . Cette évolution progressive de la place de la santé dans nos sociétés a été considérablement accélérée par la crise sanitaire du Covid. Le confinement de la population, la fermeture des écoles, des commerces, des lieux de cultes et des entreprises au nom de la santé ont été autant de marqueurs de la primauté de la santé dans notre société : la santé doit être protégée « quoiqu’il en coûte ».
Parallèlement, la situation économique française amène l’Etat à rationaliser les dépenses de santé. Il encourage donc la population à prendre soin de sa santé. En 2017, il adopte ainsi le Nutri-Score afin que la population puisse évaluer la qualité nutritionnelle des produits qu’elle consomme. L’activité sportive est également encouragée : depuis 2017, elle peut être prescrite sur ordonnance.
Démocratisation des compléments alimentaires
Dans ce contexte, la consommation de compléments alimentaires s’est démocratisée : en 2024 plus de 60% de la population indique consommer des compléments alimentaires15. Le chiffre d’affaires du secteur a également doublé en 10 ans pour atteindre près de 3 Md€ en 2024.
La pharmacie, lieu de conseil et de santé de premier recours a été le lieu de ce développement. En 2025, 99% des pharmaciens conseillent des compléments alimentaires. Preuve de leur conviction quant à l’intérêt des produits, 87% des pharmaciens consomment eux-mêmes des compléments alimentaires16.
Stabilité règlementaire
Depuis 2016, le cadre réglementaire du secteur demeure relativement stable, offrant une sécurité juridique propice à l’essor du secteur. En outre, la liste des ingrédients autorisés dans les compléments alimentaires en France s’accroît progressivement sous l’influence des autorisations effectuées dans les autres États membres et des autorisations Novel food. En 2015, la révision du règlement Novel food a d’ailleurs fluidifié le processus d’autorisation des nouveaux aliments et les industriels du monde de l’ingrédient sont désormais de plus en plus nombreux à déposer des dossiers de demande d’autorisation. Néanmoins, certaines divergences de fond perdurent entre les États européens.
À l’heure de la libre circulation, ces divergences pourraient remettre en cause la stabilité acquise.
Les enjeux actuels de la règlementation des compléments alimentaires
La frontière avec le médicament reste d’interprétation variable. Pour contrer l’arrivée sur son territoire de compléments alimentaires qu’elle estime concurrents à son importante industrie pharmaceutique, l’Allemagne, et quelques États du nord, souhaitent que l’Union européenne interdise certains ingrédients dans les compléments alimentaires. Pour rappel, en 2007, l’Allemagne plaidait que l’ail relevait du monopole pharmaceutique17. Désormais, ce sont des plantes aussi courantes que la rhubarbe, le thé ou le fenouil que ces pays veulent interdire dans les compléments alimentaires.
Soumises à un cadre temporaire depuis 2010, les allégations plantes cristallisent les divergences. Les pro-compléments alimentaires demandent que soit adopté un cadre européen spécifique aux plantes dans lequel la tradition d’usage serait reconnu comme une preuve d’efficacité, telle que c’est le cas pour les médicaments. De l’autre, l’Allemagne et les pays du Nord, veulent une évaluation restrictive afin que les plantes restent l’apanage de l’industrie pharmaceutique. Dans ce débat, la Commission européenne refuse de trancher et fait perdurer depuis plus de 15 ans un cadre censé être temporaire.
La complexité de l’évaluation des plantes. Chaque plante contient plusieurs centaines de substances différentes. Les méthodes d’évaluation modernes développées pour des molécules « simples » sont inadaptées à ces matrices complexes et variables. Deux mondes scientifiques s’opposent alors : ceux qui voudraient que chaque substance de la plante soit évaluée individuellement et que chaque mécanisme d’action soit documenté ; et ceux qui défendent une évaluation de la plante comme un tout et que l’évaluation de leur bénéfice soit fondée sur l’objectivation d’un résultat plutôt que sur l’explication d’un mécanisme d’action.
Par ailleurs, en France, la sécurité des compléments alimentaires a changé d’autorité de tutelle. Depuis 2023, c’est désormais la direction générale de l’alimentation qui en a la charge. Cette dernière entend refondre le cadre applicable aux compléments alimentaires. La stabilité aura peut-être été de courte durée.
Développement syndical
Depuis sa fusion avec le SDCA, le syndicat s’est considérablement étoffé. Il est passé de 220 entreprises en 2015 à 280 aujourd’hui. Cette augmentation a permis au syndicat d’amplifier son travail de crédibilisation du secteur. Alors que l’information circule de plus en plus vite, les pratiques jusque-là marginales de quelques voyous sont en effet susceptibles de toucher une plus large audience (ex : produits frauduleux présentés comme des compléments alimentaires, allégations thérapeutiques graves …). Synadiet continue donc à former et informer les acteurs du marché au bon respect de la règlementation. De plus, le syndicat étudie désormais les candidatures des prétendants à l’adhésion en vérifiant l’absence d’allégation thérapeutique dans leurs communications. Par ailleurs, afin que les Français puissent bénéficier d’un compte social fiable de référence sur les compléments alimentaires, le syndicat a créé les comptes Mes alliés de santé naturelle sur Instagram, Facebook et récemment Tik Tok. Dans le même temps, Synadiet publie une série d’études médico- économiques. Synadiet mène enfin un travail de fond pour faire émerger des solutions aux blocages règlementaires : listes d’huiles essentielles, modèle d’allégations graduées, lignes directrices … La publication par Synadiet de ses listes d’huiles essentielles et son obtention de l’autorisation du terme probiotiques ont ainsi permis de libérer ces marchés. Ce travail est systématiquement mené avec le soutien d’experts de hauts niveaux.
En 2025, la filière des compléments alimentaires est ainsi devenue la première filière à mission de France.
Cette crédibilité sans cesse accrue permet au syndicat de développer ses alliances avec les parties prenantes scientifiques, économiques, règlementaires et politiques. Enfin, Synadiet engage ses adhérents à structurer leurs démarches RSE en se fondant sur la spécificité de leur raison d’être. En 2025, la filière des compléments alimentaires est ainsi devenue la première filière à mission de France. Sa raison d’être : Contribuer à préserver et améliorer la santé de la population tout en prenant part à la réduction de son impact sur la nature.
Le complément alimentaire : une réponse aux attentes de la population
Le complément alimentaire se situe au carrefour des aspirations contemporaines : prendre en main sa santé et privilégier des solutions naturelles dans un contexte environnemental exigeant. En répondant à ces attentes, il a su s’imposer progressivement dans les habitudes des Français. Sa crédibilité, bâtie sur l’efficacité perçue et la satisfaction des consommateurs, lui a permis de consolider cette place au fil du temps. Il y a vingt ans, les observateurs extérieurs s’interrogeaient sur la pérennité d’une consommation qu’ils qualifiaient de « mode ». Aujourd’hui, le complément alimentaire s’est inscrit culturellement et durablement dans notre société.
La stabilité règlementaire : un gage de croissance
Un cadre réglementaire stable assure la sécurité juridique des entreprises et leur permet d’investir dans la durée. La croissance significative du secteur en France dans les dix dernières années et la force avec laquelle elle a su attirer des capitaux en sont les témoins. Cette stabilité doit être préservée. Dans un environnement concurrentiel exigeant, cette stabilité libère les énergies : les industriels peuvent se concentrer sur l’innovation, la qualité et la satisfaction des consommateurs.
La nécessaire prise en compte des spécificités du naturel
Les matières naturelles qui sont le cœur et la spécificité des compléments alimentaires doivent être défendues. Le cadre qui leur est appliqué doit prendre en compte leurs spécificités sans quoi elles disparaitront progressivement.
L’interview croisée : Christelle Chapteuil et Nicolas Grelaud
Christelle Chapteuil
Nicolas Grelaud
Christelle Chapteuil est Directrice générale de Juva Santé, vice-présidente de Synadiet, présidente de Synadiet de 2018 à 2023. Nicolas Grelaud est Directeur général d’Open Health Company
Au cours des 10 dernières années, quelles ont été les grandes évolutions vécues par le secteur ?
Christelle Chapteuil : La principale est le renforcement de la prise en main par la population de sa santé. Jusqu’au milieu des années 2010, seul un tiers de la population prenait vraiment soin de sa santé de manière proactive. Ces 10 dernières années, nous avons vu cette aspiration se répandre dans l’ensemble de la population. Cette tendance grandissante a ensuite été exacerbée par le Covid. Nous sommes donc passés d’une société passive en matière de santé à une société active désireuse d’entretenir sa santé, qui s’informe, interroge et s’implique.
Comment expliquez-vous la hausse de la consommation des compléments alimentaires par la population française ?
Christelle Chapteuil : Le complément alimentaire a accompagné cette transformation de la société pour une vie en bonne santé. Surtout, il a su emporter la satisfaction des consommateurs. Il faut rappeler que le consommateur paie pour ses compléments alimentaires. Aujourd’hui, on observe un fort réachat et un conseil de l’entourage qui est important dans la consommation de compléments alimentaires. Ceci témoigne de la satisfaction des consommateurs de compléments alimentaires. Cette satisfaction est également constatée par les professionnels de santé qui sont de plus en plus nombreux à recommander des compléments alimentaires.
Quels grands enseignements pour l’avenir tirez-vous de cette période ?
Christelle Chapteuil : Le premier enseignement est qu’il faut arrêter d’être paternaliste et impliquer toujours davantage la population dans l’entretien de sa santé. Les Français sont intelligents et sont capables de comprendre le fonctionnement de leur santé et de s’impliquer dedans. C’est en les impliquant qu’on arrivera à améliorer l’état de santé général de la population et à faire de la prévention efficace. On peut faire un parallèle avec les relations autorités-entreprises. Plus les représentants des entreprises seront impliqués dans la régulation de leur activité, plus ils auront des pratiques vertueuses et mieux la règlementation sera appliquée. On l’a vu dès que Synadiet a publié des outils et guides, leur impact a été immédiat.
Dans ce contexte, quel a été le rôle de Synadiet ?
Christelle Chapteuil : Le rôle de Synadiet est d’être le porte-parole des entreprises du complément alimentaire et la courroie de transmission entre les opérateurs et les autorités. Plus cette courroie est reconnue et soutenue, plus elle est efficace. Nous avons vu comment la fusion SDCA-Synadiet avait généré de l’efficacité, de même que le rapprochement FSE-EHPM sur les sujets d’actualité. Cette unité est essentielle. Il faut la préserver !
Au cours des 10 dernières années, le marché des compléments alimentaires a doublé. Comment s’explique cette croissance ?
Nicolas Grelaud : Il s’agit d’une accélération de la croissance due au fait que le complément alimentaire a pris une place respectable dans la santé du quotidien des Français. En outre, j’observe une diversification et une scientisation des produits et du discours des marques. Le niveau des discussions est sans commune mesure avec ce qu’on pouvait avoir il y a dix ans. Ce progrès a contribué à la crédibilisation de la filière.
Quelle place a pris le complément alimentaire dans l’offre de santé ?
Nicolas Grelaud : Aujourd’hui le complément alimentaire représente un tiers de la valeur des produits de premiers recours en santé (produits dispensés en pharmacie sans ordonnance pour des raisons de santé). Il y a dix ans, il représentait moins de 20%.
Observez-vous une évolution des entreprises opérant sur ce marché ?
Nicolas Grelaud : Les dix plus grandes entreprises réalisent 50 % des ventes, une part stable depuis dix ans. Des méga-challengers ont, par contre, émergé. Ils bousculent aujourd’hui ce top 10. Si les leaders dominent les grandes allégations, l’innovation vient plutôt des petites structures qui créent et développent de nouvelles promesses.
Quelles sont les attentes de la population en matière de compléments alimentaires ?
Nicolas Grelaud : Je ne pense pas que la population ait une attente spécifique vis-à-vis des compléments alimentaires, mais plutôt un désir d’entretien de sa santé. Le consommateur de santé est aujourd’hui plus éclairé, informé, exigeant et proactif. Les millenials, notamment, veulent préserver leur santé et n’ont pas de tabou en la matière. Après des générations qui ont voulu profiter de la vie, on a une génération qui veut profiter de la vie en bonne santé. Le complément alimentaire s’inscrit dans ce projet.
Quelles sont, selon vous, les perspectives d’évolution du secteur ?
Nicolas Grelaud : En France, le réservoir de croissance du secteur est encore très important. Le déploiement des grandes catégories du complément alimentaire peut être répliqué pour toutes les unités de besoin en santé. On peut aussi recruter de nouveaux consommateurs notamment chez les jeunes. En outre, l’exemple italien illustre bien le réservoir de croissance disponible en France. La croissance va donc venir tant de la diversification de l’offre que de l’élargissement de la demande.
Loi du 11 septembre 1941 relative à l’exercice de la pharmacie. ↩︎
Décret n°66-180 du 25 mars 1966 pris pour l’application de la loi du 1er août 1905 sur la répression des fraudes en ce qui concerne les produits diététiques et de régime. ↩︎
Décret n°79-480 du 15 juin 1979 relatif à la vente au public des plantes médicinales inscrites à la Pharmacopée. ↩︎
Plan Seguin : Arrêté du 16 janvier 1987 modifiant la liste des spécialités pharmaceutiques remboursables aux assurés sociaux. ↩︎
Décret n°2006-352 du 20 mars 2006 relatif aux compléments alimentaires ; Arrêté du 9 mai 2006 relatif aux nutriments pouvant être employés dans les compléments alimentaires. ↩︎
LOI n° 2009-879 du 21 juillet 2009 portant réforme de l’hôpital et relative aux patients, à la santé et aux territoires. ↩︎
Arrêté du 24 juin 2014 établissant la liste des plantes, autres que les champignons, autorisées dans les compléments alimentaires et les conditions de leur emploi ↩︎
Décision n° 87-D-15 du 9 juin 1987 relative à la situation de la concurrence dans la distribution en pharmacie de certaine produits cosmétiques et d’hygiène corporelle↩︎
Arrêt CJCE du 30 novembre 1983, C-227/82 – Van Bennekom.↩︎
Ifop-Fiducial pour Sud Radio – Balise d’opinion #301 L’état d’esprit des Français à la rentrée 2025. Août 2025↩︎